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Le numérique et l’école (essai)

réflexion systémique et critique sur l’intégration du numérique dans les pratiques et l’organisation scolaires

lundi 5 février 2018, par Florian Reynaud

Je commencerai par poser une question préalable indispensable, qu’il faut se poser d’autant plus régulièrement que le numérique prend une place importante dans notre quotidien : pourquoi le numérique à l’école ? Les réponses à cette question nous amèneront à dérouler ce fil, d’abord en parcourant l’enseignement, première mission de l’école, puis les moyens matériels, au service de cet enseignement, enfin les supports extérieurs, au service, toujours, de cet enseignement.

C’est dans cet essai de 150 pages, Le numérique et l’école : réflexion systémique et critique sur l’intégration du numérique dans les pratiques et l’organisation scolaires, que cette réflexion prend forme. Elle s’inscrit politiquement dans le contexte d’une Mission d’information sur l’école dans la société du numérique, conduite par le député Bruno Studer, président de la Commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale [1].

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Le document est disponible aux formats EPUB et PDF, avec publication dans cet article du sommaire et de la conclusion générale :

Le numérique et l’école (epub)
Le numérique et l’école (pdf)

Sommaire

  • Introduction
    • 1. Pourquoi le numérique à l’école ?
  • 1re partie : L’enseignement, objectif premier de l’école
    • 2. Enseigner le numérique
    • 3. Enseigner avec le numérique
  • 2e partie : Un monde numérique dans l’école
    • 4. Disposer du matériel et d’une maintenance en cohérence
    • 5. Développer un service numérique libre et sécurisé
  • 3e partie : Le support professionnel et institutionnel du numérique
    • 6. Organiser la formation professionnelle
    • 7. Organiser le cadrage politique et logistique

Conclusion

L’ampleur du travail à effectuer pour une évolution raisonnée du numérique dans l’école, dans les apprentissages, ne pourrait se satisfaire d’une liste finale de recommandations, comme il peut être d’usage d’en formuler. Les recommandations sont posées régulièrement dans le développement proposé dans cet écrit, autour de grands axes majeurs.

La difficulté que l’on rencontre relève de l’existence de deux antagonismes difficilement conciliables, les deux points de vue technophile et technophobe ne cessant de s’affronter à plusieurs niveaux, entre enseignants, entre enseignants et parents, et dans l’institution au gré des alternances. Mais si confrontation il y a, c’est bien que le numérique s’est largement développé à l’école, à partir des pratiques pédagogiques, d’un questionnement des enseignants sur les enjeux du numérique, d’abord au service des apprentissages, puis de plus en plus en tant que sujet d’apprentissages spécifiques, avec un véritable suivi de la part des collectivités territoriales. Si ces dernières sont ponctuellement aveuglées par des tendances idéologiques électoralistes, le mouvement décennal reste toutefois positif dans l’ensemble, avec des ajustements à trouver.

L’opposition au numérique à l’école est infondée, c’est aussi simple que cela, tant l’informatique et/ou le numérique sont une partie intégrante de l’activité individuelle, sociale et professionnelle, avec des influences certaines sur l’évolution des individus, de la société, de l’économie. Mais le pendant technophile est tout aussi difficile à suivre, en ce qu’il participe d’un développement problématique du numérique, oubliant grossièrement les questions sensibles associées au développement de l’industrie numérique, du Web, au droit de l’information, aux conséquences d’une longue durée passée devant les écrans.

C’est au Ministère de l’Éducation nationale de trouver la voie raisonnable à donner au numérique à l’école, ce qui s’avère particulièrement difficile, avec un tiraillement perceptible, en son sein, entre les deux tendances en opposition. Plutôt que d’espérer un équilibre naturel entre les points de vue selon les alternances, avec une libération des énergies à tout point de vue entre 2012 et 2017, contre une certaine tiédeur ou timidité depuis lors, nous pouvons formuler l’exigence d’une meilleure synthèse.

Contre une stratégie du numérique qui répond à une injonction brouillonne, selon des intérêts économiques parfois, nous pouvons exiger une meilleure conception des enjeux éducatifs associés au numérique. Ce secteur n’est pas seulement au service des différents apprentissages, quand bien même c’est un outil intéressant à maints égards, notamment pour la manipulation de ressources diverses et variées pour et par les élèves. Il faut concevoir la nécessité d’un enseignement au numérique, non pas dans un éparpillement plus ou moins cohérent, mais dans des progressions disciplinaires qui permettent une vue d’ensemble satisfaisante. Les programmes publiés en 2015, s’ils sont un progrès en la matière, restent largement perfectibles en ce sens. En effet, si on observe un travail de synthèse abouti en français, à certains égards en technologie, les incohérences restent trop nombreuses au sujet de l’enseignement moral et civique, de la géographie, ou encore de l’information-documentation telle qu’elle transparaît dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Il y a des manques, d’autant plus difficiles à intégrer que cela supposerait de diminuer d’autres domaines d’enseignement. S’il n’est pas fondé de créer une discipline spécifique, on peut attendre de l’institution qu’elle dirige un travail cohérent pour l’enseignement au numérique, au-delà d’une stratégie éparse, avec une distribution plus aboutie des savoirs selon les disciplines directement concernées.

Il apparaît que l’artifice des enseignements pratiques disciplinaires (EPI), aussi vite écartés que les itinéraires de découverte en leur temps, ne fait qu’empêcher un exercice nécessaire de cohérence complémentaire entre disciplines sur la question du développement d’une culture numérique et d’une culture de l’information et des médias. Cela passe par un ajustement des programmes, par une exigence bienvenue à l’égard de l’information-documentation, avec une définition claire des cadres horaires, à établir selon les besoins d’instruction et d’éducation pour les élèves.

La question des moyens matériels est incontournable, avec l’exigence d’une meilleure cohérence nationale d’autant plus importante que les moyens financiers, globalement, sont disponibles ou peuvent l’être. Reste le sujet de la maintenance, avec des améliorations timides, des choix parfois curieux de délégation par les collectivités territoriales qui en sont responsables. L’importance de ce pôle, mais aussi la nécessité d’un accompagnement informatique dans les établissements, de l’école primaire au lycée, plutôt que d’une discipline informatique pour toutes ou tous, amènent à soutenir le principe d’un personnel qui, sous la responsabilité de chaque rectorat, et non de la collectivité territoriale de rattachement, travaille à des missions de maintenance et d’accompagnement dans les établissements scolaires.

L’accompagnement, à tout niveau, doit permettre un usage raisonné du numérique en tant que service, en tant que moyen, à la fois dans le cadre professionnel, pour les personnels, quand l’accès aux données en ligne, multiplié, n’est jamais questionné, à la fois dans le cadre scolaire, pour les élèves, quand les pratiques sont plus ou moins libérées de problèmes cruciaux, vis-à-vis des outils utilisés en classe, vis-à-vis des conséquences possibles en matière de publication scolaire, vis-à-vis du temps consacré à des apprentissages par le numérique.

Les formations ne sont pas aujourd’hui à la hauteur des enjeux, mais ce n’est pas seulement le cas pour le numérique. L’auto-formation, d’autant plus importante que les moyens de celle-ci augmentent avec le développement du Web, ne suffit largement pas, tant elle est essentiellement guidée par les besoins conscientisés des apprenants, qui peuvent alors délaisser certaines problématiques. Pourtant les dispositifs et les moyens existent pour une formation continue améliorée, notamment dans chaque discipline pour ce qui concerne le numérique. Cette évolution passe par une redéfinition des cadres de formation, par une bénéfique remise en question du principe d’un service spécifique de formation au numérique, en particulier, par un état des lieux nécessaire sur les transformations récentes de services autonomes qui se consacrent au numérique, pour des résultats qui peuvent être particulièrement décevants. On parle bien alors d’une meilleure gestion des services, que ce soit au niveau national et au niveau académique, afin de libérer des moyens pour une meilleure efficacité de la formation relative au numérique.

L’ampleur du travail est grande, malgré les éléments positifs repérés, car il faut concilier deux approches, quand rien n’est fait encore pour que ces approches ne s’opposent pas elles-mêmes au cœur des services centraux de l’éducation. Elle est immense car il faut se détacher complètement des opportunités offertes par l’école pour l’industrie numérique, quand au contraire il est octroyé de grandes capacités d’intervention et de publicité, de manière contractualisée avec l’État, pour les entreprises du numérique. Sur ces deux sujets, certainement essentiels pour avancer sur l’ensemble des pistes énoncées ici, l’effort est politique, bien évidemment selon une responsabilité institutionnelle à questionner continuellement, mais aussi selon une responsabilité des enseignants, dans leur pratique professionnelle individuelle, dans leur représentation syndicale et associative, voire une responsabilité de la société civile, des parents, afin de s’éloigner des approches caricaturales souvent brandies.

Il en va de notre capacité commune d’admettre l’importance du numérique pour l’éducation, dans l’enseignement, sans omettre les nombreux problèmes associés au développement numérique, problèmes qu’il faut savoir intégrer dans les enseignements ou problèmes qu’il faut savoir écarter de l’école, non pas dans un esprit de résistance mais dans un esprit d’éducation. Il n’en reste pas moins qu’il n’y a pas de réponses uniques à toutes les questions soulevées et qu’il nous faut exiger de nous-mêmes les moyens du débat et de la synthèse.

Notes

[1Mission d’information sur l’école dans la société du numérique. Composition disponible sur : http://www2.assemblee-nationale.fr/15/commissions-permanentes/commission-des-affaires-culturelles/missions-d-information/l-ecole-dans-la-societe-du-numerique

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